Vous pourrez dire à vos petits enfants plus tard: "J'y étais!" Oui, car cette crise rentrera dans les livres d'histoire de l'économie et de la finance mondiale.
Elle a commencé par la crise des subprimes, ces crédits accordés aux ménages les plus pauvres pour devenir propriétaire sans se rendre compte de la dangerosité de ces prêts. Et pendant ce temps, ces crédits furent modifiés en titres financiers, "titrisés" c'est à dire mis dans un paquet d'actions avec des titres moins dangereux pour diminuer le risque, dans lesquels les banques d'affaires ont massivement investi. Sauf que la bulle spéculative se produisant, les banques se sont rendus compte de l'incapacité des ménages américains à rembourser ces crédits et de l'opacité de ces actions titrisées.
Et c'est l'éclatement de la bulle spéculative.Ces titres deviennent inéchangeables et la crise s'étend aux autres actions que l'on a titrisé. Les banques y ayant trop investi perdent énormément d'argent. Les banques qui se sont échangées ces titres n'ont plus confiance entre elles et ne s'accordent plus de prêts. D'où une crise de liquidités. Voila l'explication de la crise.
Encore jusqu'à Septembre, celles-ci avaient suffisamment de réserves de liquidités mais et c'est pourquoi la crise se fait sentir aujourd'hui, les banques sont à sec et elles n'accordent plus de prêt aux entreprises. Face à cela, les investisseurs sur les places boursières anticipent une récession économique et vendent leurs titres d'où les fortes baisses actuelles (-22% sur la seule semaine du 6 au 10 Octobre au CAC 40 à Paris). S'il n'y a plus d'investisseurs,moins de capacité de financement, et encore moins de liquidité. Ce qui remet en cause la solvabilité des banques, et donc l'économie toute entière. Bref tout s'effondre comme un chateau de carte.
C'est bien la faillite de Lehman Brothers, une grande banque américaine, que le Trésor américain n'a pas voulu sauver qui a affolé soudainement les marchés. Et depuis, toutes les autres cartes s'effondrent au fur et à mesure.
Face à cela, les acteurs privés et publics agissent. Dans tous les sens.
D'abord les opérations de fusion acquisitions entre les banques.Cette actuelle concentration permet aux petits en manque de liquidité d'être approvisionnés par les plus grandes banques et ainsi éviter la faillite. Le rachat de Fortis par la BNP ou la probable fusion des Caisses d'Epargnes et des Banques Populaires pour sauver leur filiale commune, Natixis sont les meilleurs preuves.
Ensuite les banques centrales qui injectent par centaines de milliards d'euros de liquidités sur le marché pour que le puit ne soit pas à sec tout en diminuant cette semaine de manière coordonnée (Fed, BCE,...) leurs taux d'intérêts directeurs afin de relancer le crédit et la croissance.
Les Etats qui recapitalisent les banques en les nationalisant à tour de bras afin de les préserver de la faillite. Le Royaume-Uni a prévu de recapitaliser ses banques à haueur de 50 milliards d'euros tandis que l'on se prépare dès la semaine prochaine à faire de même dans la zone ¤uro. On tente aussi d'épurer les comptes des entreprises en rachetant les crédits "pourris" (exemple du Plan Paulson) Certains Etats se retrouvent aujourd'hui en grande difficulté pour trouver de nouvelles liquidités. C'est le cas de l'Islande qui a demandé un emprunt à la Russie mais aussi de la France dont les hommes politiques réfléchissent de plus en plus à émettre un emprunt d'Etat. On garantit de plus les dépots des épargnants (50000 euros de dépots en France par exemple) et on joue la communication pour rassurer les marchés. Malheureusement pour le moment, ca ne fonctionne pas.
Enfin les grandes institutions internationales tel que le FMI qui renforce ses dispositifs d'aide aux pays émergents. Ou encore la Banque Européenne d'Investissement envoie (presque anedoctiquement) 30 milliards d'euros aux PME européennes en crise de liquidités.
Bref la crise est très grave. Elle a remis en cause les principes mêmes du libéralisme et remet en avant le rôle nécessaire de l'Etat pour éviter l'effondrement du système. Cette crise, selon le FMI, coûtera près de 1500 milliards d'euros à l'économie mondiale (dont 90% dans l'UE et aux USA). Sur le plan de l'économie réelle, les effets commencent à se faire sentir. Les PME peinent à trouver des sources de financement et aujourd'hui près des 3/4 des PME se disent en difficulté. Le FMI a prévu par ailleurs que la croissance sera très faible en 2009 (USA 0,1%, France 0,2%,...). voire négative dans certains pays (Espagne, Allemagne). Et par conséquent le chômage va inexorablement croitre. Selon les estimations il sera de 8,3% en 2009 en France.
Et pourtant il y a des raisons d'espérer (sisi!!). Tout d'abord contrairement à la crise de 1929, l'existence d'institutions solides et la forte intervention des Etats vont amortir le choc. Deuxièmement, on ne constate pas (encore) de déferlements de clients dans les banques pour mettre leur argent dans des bas de laine, signe de confiance positif. Troisièmement, on peut espérer que la forte baisse de la valeur des actifs actuellement présage une hausse future (en effet, lorsque leur valeur sera très faible, il sera interressant pour les "zinzins" investisseurs de les racheter pour voir la valeur croitre ensuite et donc rapporter) C'est un moindre mal. Enfin la baisse du taux d'intêrêt directeur ainsi que la baisse de la valeur de l'euro par rapport aux dollars favorisera les exportations des entreprises de la zone euro à l'extérieur sans oublier la forte baisse actuelle du prix du baril du pétrole (en raison de l'anticipation de la récession et donc d'une baisse de la demande) qui offre un bol d'air à nos entreprises. La croissance peut revenir (pas tout de suite malheureusement)
Que faut-il retenir de cette crise? La nécessaire remise en cause d'un certain capitalisme financier totalement dérégulé et le retour de l'Etat. Une fois la crise passée, il faudra mettre en place de nouvelles normes nationales et internationales sur la finance mondiale pour éviter un nouveau chaos (par exemple en réetudiant et uniformisant les normes comptables au niveau mondial ce qui suppose une gouvernance mondiale de la finance, en revoyant le rôle de agences de notation et réencadrer les organismes de crédit,...), en somme un nouveau Bretton Woods doit se tenir. Cette intervention exceptionnelle de l'Etat doit rester exceptionnelle afin qu'elle ne fasse pas un travail de gestionnaire qui serait contre productif (faire des prêts,..) mais son travail de règlementeur afin "de moraliser" le capitalisme.
Pour que la finance soit au service de l'économie et de l'Homme, au service de l'entrepreneuriat et de l'appareil productif et non à celui des spéculateurs, c'est à ccette immense tâche que l'on doit s'atteler.
Que pensez vous de cette crise? du marché et du rôle de l'Etat? de l'irresponsabilité de certains acteurs privés?
Antoine